Selon des chiffres rendus publics à la mi-mai par la municipalité de Saint-Jean, celle-ci a connu au cours des quatre premiers mois de l’année, « une croissance record, avec une activité de permis de construire sans précédent » pour reprendre les mots du communiqué de presse. Plus de 200 demandes de permis de construction ont été reçues pour une valeur de 185,5 millions de dollars. C’est cinq fois la moyenne des cinq dernières années, soit 39,7 millions $ pour la même période.
Questionné par le Saint-Jeannois, Christopher McKiel, le directeur du Développement et normes communautaires au sein des Services de la croissance et du développement communautaire à la ville de Saint-Jean, explique que plusieurs facteurs contribuent probablement à ce boom des permis. « Il s’agit notamment d’un environnement favorable au développement immobilier, soutenu par le conseil municipal, ainsi que d’un solide appui fédéral, provincial et municipal par le biais d’incitations, de programmes de financement et de subventions. »
Selon le directeur municipal, la majorité des projets actuels sont menés par des promoteurs néo-brunswickois. Il constate également qu’il y a « un certain intérêt et une activité de la part de promoteurs de l’extérieur de la province » pour venir participer à cette vitalité de la construction.
Les permis concernent notamment des investissements institutionnels majeurs comme des écoles, mais aussi la construction de maisons. Entre janvier et avril 2025, « 33 des 144 unités créées étaient des logements abordables », mentionne M. McKiel. Celui-ci ajoute que dix autres logements abordables sont également à l’étude.
Est-ce suffisant ?

Le CAFI peut dorénavant compter sur Joseph Keutcheu comme agent d’accueil et d’accompagnement pour les nouveaux arrivants. Crédit : courtoisie de Joseph Keutcheu
« Il faudrait 5 000 logements. » Celui qui avance un tel chiffre, c’est Joseph Keutcheu. Agent d’accueil et d’accompagnement pour l’antenne à Saint-Jean du Centre d’Accueil et d’Accompagnement des Immigrants (CAFI). Son organisation soutient les nouveaux arrivants dans leur intégration, notamment en matière de logement et d’emploi.
Selon M. Keutcheu, l’augmentation du nombre de logements est une bonne nouvelle en soi, mais elle ne garantit pas pour autant des solutions adaptées aux besoins des nouveaux arrivants. « Le boom immobilier que nous observons à Saint-Jean ne signifie pas forcément plus d’options accessibles pour les immigrants pour le moment », souligne-t-il. Il reste prudent face à cette explosion de permis, car, pour lui, il s’agit seulement de permis. Il reste la construction à venir.
Un des défis majeurs de la situation actuelle reste la disponibilité de logements abordables. De nombreux immigrants cherchent des appartements à prix raisonnable dans des quartiers bien desservis par les transports et offrant des services essentiels. Or, selon M. Keutcheu la majorité des nouvelles constructions s’oriente vers des segments plus haut de gamme, ce qui laisse une part importante de la population dans l’incertitude. Arrivé lui-même au Canada il y a 18 mois, l’ancien vice-doyen à la faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université de Dschang au Cameroun mentionne que, trop souvent, les nouveaux arrivants doivent se rabattre sur des logements où souris et cafards sont déjà installés.
Malgré tout, Joseph Keutcheu estime que le levier de la construction est un bon outil économique pour autant que le gouvernement propose certains incitatifs aux constructeurs d’ici pour la construction de logements abordables, comme des tarifs préférentiels pour divers matériaux.
Du côté des écoles
Le premier trimestre de l’année a vu l’école primaire North End être en cours de construction pour une valeur de 46 millions de $. De leur côté, l’école South End K-8 et le centre communautaire sont en cours d’examen pour une valeur de 55,4 millions de dollars.

Christopher McKiel, le directeur du Développement et normes communautaires à la ville de Saint-Jean, espère que l’engouement pour la construction se poursuivra au prochain trimestre de 2025. Crédit : courtoisie de la Ville de Saint John
Et du côté francophone ? Christopher McKiel avoue qu’au cours de cette même période, « aucun permis de construire n’a été délivré pour des écoles de langue française. »
Et pourtant, de l’avis de Michel Côté, le président du Conseil d’éducation du District scolaire francophone Sud (DSFS), le dynamisme que suscite la hausse des permis de construction à Saint-Jean devrait contribuer « à y renforcer la vitalité de la communauté francophone », qui passe par l’investissement dans les infrastructures scolaires francophones.
La question de la surpopulation au Centre scolaire communautaire Samuel-de-Champlain n’est pas nouvelle. Des classes mobiles supplémentaires viennent tout juste d’être ajoutées, faute d’espace, a confirmé au Saint-Jeannois le DSFS. Pour Michel Côté, il est clair que « les familles francophones, les ayants droit et les nouveaux arrivants sont de plus en plus nombreux dans la région de Saint-Jean, et leurs enfants ont besoin d’un environnement d’apprentissage adéquat. »
Pour l’heure, Christopher McKiel se réjouit néanmoins de ce premier trimestre. Avec certains projets d’envergure comme le nouveau musée de l’avenue Douglas ou encore les travaux de fondation pour le projet NextGen auxquels il faut ajouter un projet de construction de 130 unités de logements multiples au 125, chemin Gault, « nous nous attendons à ce que la dynamique positive se poursuive » de conclure M. Mc Kiel.
Découvrez notre article sur les chantiers en cours à Saint-Jean ici.
Partagez cet article:
Connectez-vous sur les réseaux sociaux :
Recevez les derniers articles :
Plus comme ceci :
Alix et le loup : quand le mensonge devient matière à réflexion
Le 15 août prochain à Saint-Jean, au King Square, dans le cadre des festivités de la Fête nationale des Acadiens…
Centre scolaire Samuel-de-Champlain, une priorité de… 9e position
Absence de cafétéria, toilettes converties en bureaux, manque de sorties d’urgence. Les besoins sont criants quand on discute avec ceux…