Étudier en français sans le parler: le défi des élèves allophones

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Marine Ernoult

Journaliste de Francopresse
redaction@francopresse.ca

L’intégration des élèves allophones, de plus en plus nombreux, représente un défi pour les écoles francophones en milieu minoritaire. Les établissements scolaires se mobilisent, mais les ressources disponibles et la pédagogie actuelle demeurent inadaptées selon certains spécialistes. Le risque que ces jeunes s’éloignent de la francophonie canadienne après leurs études est bien réel.

Amira Khedhri. Crédit: Gracieuseté.

Les langues autant que les voix se mêlent dans les couloirs et cours de récréation des écoles francophones en milieu minoritaire, qui accueillent de plus en plus d’élèves allophones. Autrement dit, des enfants immigrants et réfugiés dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais.

«La morphologie scolaire a changé avec les mouvements migratoires successifs. Des enfants hispanophones, arabophones, sinophones et d’Afrique subsaharienne sont arrivés dans les classes», constate Carole Fleuret, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa.

«C’est variable d’une année à l’autre, mais avec les gros efforts de recrutement des dernières années, on note une augmentation», abonde Amira Khedhri, coordonnatrice des services d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants au District scolaire francophone Sud (DSFS), au Nouveau-Brunswick.

Sur 15 000 élèves scolarisés dans les 37 écoles du DSFS, 235 sont allophones.

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Prendre en compte les parcours migratoires traumatisants 

Dans ces conditions, les écoles ont-elles les moyens d’accompagner les élèves allophones, de leur apprendre la langue et la culture grâce auxquelles ils pourront se bâtir un avenir dans leur communauté d’adoption?

Il existe diverses formules de francisation intensive à travers le pays, dont le programme d’Actualisation linguistique en français offert depuis 2004 en Ontario. Au Nouveau-Brunswick et en Saskatchewan, les élèves allophones bénéficient également de cours sur mesure, en tutorat ou par petits groupes. Le CÉF propose par ailleurs des cours de français aux parents.

Cependant, aux yeux de Malanga-Georges Liboy et de Carole Fleuret, les établissements scolaires ont encore des efforts à faire. Au-delà de la barrière linguistique, «les ressources dédiées à la prise en charge des élèves allophones sont inadaptées, voire insuffisantes», estime Carole Fleuret.

«Leurs besoins spécifiques ne sont pas suffisamment pris en compte alors qu’ils passent par un choc culturel à leur arrivée, qu’ils ont parfois vécu des traumatismes en zone de guerre», ajoute Malanga-Georges Liboy.

Il souligne également une mauvaise circulation de l’information. D’un côté, les familles ne connaissent pas bien le fonctionnement et les attentes du système scolaire canadien – le besoin de participer aux devoirs, aux activités et aux réunions avec le corps professoral. De l’autre, les enseignants ne connaissent pas assez les trajectoires migratoires des enfants.

Manque de formation interculturelle

Les deux universitaires plaident ainsi pour la mise sur pied de centres d’aide aux devoirs et de classes d’accueil à destination des jeunes qui ont été déscolarisés pendant plusieurs années. Ils défendent la création de postes d’interprètes et d’agents de liaison afin de maintenir le contact avec les parents.

Parmi les autres écueils de l’intégration, les deux chercheurs pointent le manque de formation interculturelle des enseignants. De fait, ces derniers n’ont pas toujours les clés pour gérer des classes riches d’une grande diversité ethnoculturelle, avec des écarts de niveaux importants.

«Il reste beaucoup à faire, mais la volonté de s’adapter et de comprendre la culture des immigrants est là. On veut favoriser les échanges et le rapprochement interculturel», réagit Ronald Ajavon du CÉF.

Au Nouveau-Brunswick, le DSFS a ainsi embauché sept travailleurs d’établissement plurilingues dans le cadre d’une entente conclue avec Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Chargés d’accompagner les familles nouvellement arrivées ainsi que le personnel enseignant, ils facilitent les liens entre les milieux scolaire et familial. Tous les nouveaux employés reçoivent aussi des formations sur la diversité.

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Une pédagogie fondée sur les cultures d’origine

Carole Fleuret regrette pour sa part que les cultures des pays d’origine soient encore trop souvent «folklorisées». Cela se fait notamment à travers des évènements ponctuels dédiés à la diversité :

«En se limitant à un jour ou une semaine par an, on n’inclut pas les élèves allophones. On met plutôt l’accent sur leurs différences alors qu’il faut au contraire créer une culture commune.»

La chercheuse insiste sur le besoin de repenser la pédagogie en s’appuyant sur les cultures d’origine des étudiants, en prenant appui sur leurs registres langagiers pour leur apprendre le français. «Il faut relégitimer leur langue maternelle, ça les valorise, ça évite des tensions entre l’école et la maison et c’est bénéfique à leur réussite scolaire», insiste-t-elle.

Surtout, la professeure de l’Université d’Ottawa assure que les élèves allophones développeront un sentiment d’appartenance plus profond et contribueront de manière plus durable aux communautés francophones si l’on reconnait pleinement leur langue et leur identité. «Ils ramèneront la culture à la maison, leur famille vivra en français», renchérit Amira Khedhri du DSFS.

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