Éducateurs en petite enfance: pivots de la fierté francophone

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Inès Lombardo

Journaliste de Francopresse
redaction@francopresse.ca

Les professionnels de l’éducation en petite enfance jouent un rôle primordial dans la construction identitaire et linguistique des tout-petits. C’est l’une des conclusions qui ressort du premier Symposium national sur la petite enfance présenté par l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne.

La pénurie d’éducatrices et d’éducateurs francophones ainsi que l’absence de formation en petite enfance dans plusieurs régions du Canada ont, entre autres, poussé l’ACUFC et ses partenaires à tenir un symposium national virtuel sur la petite-enfance qui s’est tenu les 12 et 13 mai dernier. Une manière de mettre en lumière les enjeux liés à la petite enfance dans les communautés francophones en situation minoritaire. L’un des constats principaux dressés dans plusieurs ateliers a sonné comme un rappel: Le niveau de confiance en français de l’éducateur ou de l’éducatrice a un impact sur l’enfant.

 

Solidifier la sécurité linguistique

La fierté et la confiance de parler français transparaissaient aussi en filigrane dans l’atelier du symposium qui abordait le thème Accroitre la sécurité linguistique des éducatrices et des éducateurs et celle des tout-petits.

Karine Pineault, gestionnaire de projet en francisation préscolaire au District scolaire francophone Sud (DSFS) au Nouveau-Brunswick rappelle que l’insécurité linguistique se vit quand les éducatrices et éducateurs pensent que «[leur] langue ne correspond pas à la norme, qu’elle est moins prestigieuse. Même chose par rapport à l’accent. De fait, une personne peut choisir de parler la langue majoritaire plutôt que le français.»

Elle poursuit: «Malheureusement, cette insécurité linguistique nuit à l’épanouissement autant langagier que culturel et identitaire, tant chez nos éducateurs et éducatrices que chez nos petits.»

Line Thibodeau, directrice du développement culturel et communautaire au Carrefour Communautaire Beausoleil-Miramichi, au Nouveau-Brunswick, observe que l’insécurité linguistique intervient aussi lorsque les éducatrices se comparent avec les enseignants de l’école francophone, notant leur différence de formation.

«On a l’impression que si on a un français plus soutenu, c’est plus acceptable. Mais ce ne l’est pas vraiment», assure la directrice qui fait valoir que plus l’éducatrice va se sentir en sécurité au niveau de son français, plus elle va avoir un effet positif sur les enfants dont elle a la charge. «Elles sont des modèles pour les enfants qui veulent souvent faire comme elles», rapporte Line Thibodeau.

Pour sécuriser la langue, cette dernière favorise l’approche selon laquelle la langue et la culture ne vont pas l’une sans l’autre.

«Vivre des expériences culturelles en français aide à développer la sécurité linguistique. Parler français ne devient pas une obligation, mais un sentiment de fierté, souligne-t-elle. Ça ne va pas avec la tête, ça va directement au cœur.» Le service de garde profite, entre autres, du passage d’artistes à Miramichi, pour offrir des formations aux éducatrices.

Karine Pineault évoque quant à elle la création d’un espace de discussion et de réflexion autour de l’insécurité linguistique au sein de la formation.

Cette dernière explique que, si chez les petits l’insécurité linguistique n’est pas aussi accrue que chez les éducatrices/éducateurs, elle peut s’illustrer par le fait qu’un enfant a l’impression que sa langue n’est pas reconnue ou qu’elle n’a pas sa place dans le milieu où il se trouve.

De fait, impliquer les parents est, entre autres, ce que recommandent la plupart des intervenantes.

«Ils sont les premiers repères culturels de leurs enfants, eux aussi, rappelle Karine Pineault. La relation affective que l’enfant va avoir, pour qu’il se sente appartenir à son groupe, à sa communauté.»

Line Thibodeau abonde dans le même sens:

«Si les parents ne développent pas d’autres occasions de parler français en dehors de la garderie ou de l’école, il sera plus compliqué pour l’enfant de s’épanouir dans cette langue.»

 

L’ARCf aussi présente au symposium

Comptant le support financier de deux projets d’envergure pour travailler directement sur les besoins spécifiques en petite enfance francophone pour la grande région de Saint-Jean, l’équipe de développement de la petite enfance de l’ARCf a pu partager son expertise lors de l’événement.

Opérant deux centres de la petite enfance dans la région de Saint-Jean, l’organisme a pu aborder son expérience au niveau de la formation à distance pour les besoins précis d’éducateurs/éducatrices en milieu doublement minoritaire, l’importance de la langue et son expertise grandissante en francisation.

«Nous venons récemment de lancer notre plateforme de formation Francoformé et d’inaugurer des salons technologiques pour soutenir nos éducatrices. Nos formations touchent les enjeux de la francisation des enfants dans un milieu fortement anglophone comme Saint-Jean, un sujet qui n’est pas enseigné lorsqu’on étudie pour devenir éducatrice» a affirmé Michel Tassé, directeur de la Recherche et du Développement de l’ARCf, qui a participé au symposium.

À lire aussi: Des formations et des salons technologiques pour le personnel des CPE de l’ARCf

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